Témoignages
« Reprendre du souffle » grâce à la formation professionnelle
Fondatrice de l’association La P’Art Belle, qu’elle a coordonnée de 2018 à 2024, Louise Robert est aujourd’hui chargée de production et de communication à Vannes Echos Jazz, dans le secteur des musiques actuelles. Son riche parcours professionnel l’a amenée à trois reprises à se former chez ARTES, sur des thématiques variées (gestion de projets culturels d’abord, transition écologique ensuite, puis management). Elle revient avec nous sur ces expériences et ce qu’elles lui ont apporté.
Crédit photo : Renaud Julian

Louise, pour commencer, pourrais-tu nous parler de ton parcours et nous expliquer comment tu as connu ARTES ?
« Je n’ai pas suivi de formation initiale aux métiers de l'événementiel ou de la gestion de projets culturels, contrairement à ce que peuvent faire les étudiants d’aujourd’hui. Il n’y avait pas encore grand-chose quand j’avais 18 ans et qu’il me fallait décider de mon orientation. J'ai donc choisi la communication pour aller vers le secteur et les métiers qui m'intéressaient. Je me suis surtout beaucoup formée grâce au bénévolat, dans des radios associatives et dans des festivals. J’ai ensuite travaillé pour les Francofolies de La Rochelle, d’abord en communication sur trois éditions, avant de m’orienter vers la gestion de projet et de l'accompagnement d’artiste. J’ai donc suivi une formation à l'école ATLA à Paris, avant d'être recrutée par l'association Zébrock. C’est là-bas que j’ai découvert ARTES, car une collègue avait déjà suivi une formation chez vous. »
Qu’est-ce qui t’as amenée à t’inscrire pour la première fois sur un module de formation professionnelle ?
« Disons que j’apprécie me former régulièrement, rester au courant de ce qu’il se passe dans notre secteur et prendre du recul. J’ai donc suivi une première formation sur la gestion de projets culturels, puis une deuxième sur la transition écologique qui m'ont permis de concrétiser un projet que j'ai lancé par la suite : la P’Art belle, une association que j’ai impulsée en 2019. Son objectif principal était l'organisation d'événements en lien avec la transition écologique, pour sensibiliser les publics de manière joyeuse et en ramenant du beau sur un sujet qui n'était pas vraiment traité comme tel. Le but était d'expérimenter de nouvelles façons de produire des événements culturels, en limitant au maximum leur empreinte pour être en phase avec les enjeux de neutralité carbone de 2050.
Le secteur culturel est grandement concerné par ces enjeux. Pour moi, il y avait urgence : c'était soit j'arrêtais tout, soit je pensais mon métier différemment. J'ai fait le choix de cette formation pour avoir des éléments concrets, et elle a été assez déterminante dans mon parcours professionnel. Elle m'a permis de me réorienter en incarnant la vision que je voulais proposer : un endroit de sensibilisation et de rencontres où on parle des enjeux de société d'une façon beaucoup plus enthousiasmante que ce qu'on nous propose au quotidien. Cette formation a été un espace privilégié pour avoir la capacité de penser et réfléchir ce projet. La P’Art Belle a ensuite connu une formule itinérante pour cinq éditions. Pour ma part, je l’ai menée pendant sept ans avant qu'on mette l'association en sommeil en 2024. »
« J'ai suivi trois formations chez ARTES, et à chaque fois, j'ai trouvé beaucoup d'humanité de la part de l'équipe et des formateurs »
2024, c’est justement l’année où tu as suivi notre cycle de formation « Réussir dans sa fonction managériale ». Qu’est-ce qui t’a amenée sur cette thématique ?
« C’était effectivement lors de notre dernière année de fonctionnement. J'avais rencontré des difficultés dans l'association en gérant plusieurs types de personnes : des bénévoles, des prestataires, des intermittents... Ça m'avait posé beaucoup de questions à titre personnel et en tant que manager d'équipe. Je m’étais parfois sentie bousculée, et j’ai eu besoin de prendre du recul. C’était important pour moi de comprendre ce qu’il s'était passé et comment bien gérer les relations de travail par la suite. »
As-tu trouvé ce que tu cherchais dans cette formation ?
« Oui, tout à fait. C'est une formation qui permet surtout de mieux comprendre qui on est au travail. Nos personnalités sont toutes différentes et on apprend comment faire pour mieux travailler avec d'autres, qui n'ont pas forcément le même tempérament ou la même manière de gérer les émotions. Se confronter à tout ça a été très enrichissant. On avait aussi un groupe très hétéroclite. Le formateur a réussi à instaurer un vrai climat de confiance, qui nous a permis de nous livrer sur des choses parfois assez personnelles. Il y a eu beaucoup d'émotions dans ce groupe-là, des liens se sont créés. Avoir l'occasion de poser ça sur la table, de le partager, de voir que d'autres personnes vivaient des choses similaires et de le confronter au formateur permet de se dire : « bon, j'ai compris ce que j'ai vécu, maintenant je vais pouvoir passer à autre chose ou être mieux équipée si ça se reproduit ».
L’équipe d’ARTES attache énormément d’importance à la dimension humaine… Tu l’as ressenti lors de cette dizaine de jours passés chez nous ?
« Exactement ! Je garde un très bon souvenir de cette formation, et c'est ce que j'ai toujours retrouvé chez ARTES. C'est d’ailleurs pour ça que je me tourne toujours vers vous lorsque j’éprouve le besoin de me former. J'ai suivi trois formations sur trois sujets complètement différents, et à chaque fois j'ai trouvé beaucoup d'humanité de la part de l'équipe et des formateurs. Que ce soit en termes d’accueil, de suivi, mais aussi pour m'aider à trouver des fonds et aller au bout de mes projets. Et puis il y a aussi la rencontre avec les autres participants… »
Oui, parce que l’on parle souvent de l’apport du formateur, mais rencontrer et se confronter à d’autres professionnels est tout aussi enrichissant…
« Tout à fait. Déjà, les formateurs sont des professionnels qui viennent du terrain. Ils ont donc vraiment des exemples concrets à nous partager et connaissent parfaitement nos métiers. Mais je trouve que l’on apprend aussi beaucoup du fonctionnement des autres et de leurs réflexions par rapport au secteur. Venir en formation, c’est aussi l'occasion de prendre du recul, de créer du lien, et de rencontrer d’autres professionnels. J'ai même embauché par la suite, pour La P’Art Belle, une personne rencontrée dans le cadre de la formation « transition écologique » ! Pour toutes ces raisons, je me réorienterais vers ARTES pour me former à nouveau, d’autant plus que je trouve le contenu très complet et en phase la réalité de nos métiers. »
« Les gens se forment sur le terrain et n'ont pas forcément pris le temps de se faire accompagner pour professionnaliser leurs pratiques. On est pris dans un tourbillon duquel il est très difficile de sortir la tête. »
Tu reviens souvent sur l’aspect « prise de recul ». Pour toi, venir en formation c'est aussi prendre une pause dans ton quotidien ?
« Oui, c'est ça. Je dirais même que c'est une manière de reprendre du souffle. On est sur des métiers intenses au niveau des émotions. On doit sans cesse s'adapter et aller très vite. Comme moi, beaucoup de personnes dans le secteur culturel ont appris sur le terrain. On a donc d’autant plus besoin de ces temps de formation pour remettre à plat, et parfois reprendre confiance. Même si on travaille en équipe, c'est un métier où l'on peut parfois se sentir isolé à cause de l'urgence permanente. Partager ce que l'on vit avec d'autres personnes du secteur permet de se sentir un peu moins seul. Prendre trois jours de formation, ça peut sembler être une perte de temps au début, mais c'est vraiment un temps primordial pour analyser et de revenir mieux équipé par la suite. »
Et pourtant, on entend souvent dire « je n'ai pas le temps de me former » dans le secteur…
« Oui, je ressens beaucoup le manque de temps autour de moi. Je parle pour le secteur des festivals que je connais bien. Ça commence souvent par des expériences bénévoles entre potes : on monte un festival. Puis ça se professionnalise, et ça devient une activité économique pour un territoire. Et au final, tout cela crée un effet boule de neige. Les gens se forment sur le terrain et n'ont pas forcément pris le temps de se faire accompagner pour professionnaliser leurs pratiques. On est pris dans un tourbillon duquel il est très difficile de sortir la tête. Il faut aussi dire que ce sont des métiers qui sont constamment malmenés. On doit se justifier sans arrêt. On nous dit souvent : « il y a des choses plus importantes que vous, donc on va baisser vos budgets ». Donc on s'adapte, on fait des dossiers de subventions, on est souvent dans l'urgence avec un instinct de survie pour sauver et maintenir sa structure face aux coupes budgétaires, mais aussi face à la météo et au changement climatique. C'est cette urgence-là qui rend la prise de recul difficile. Et donc qui complexifie la venue en formation. Mais de manière personnelle, c'est un temps que j'aime et que j'ai besoin de prendre. »