Témoignages
« Je n'aurais pas pu tenir la cadence sans formation »
Passé en formation chez ARTES à deux reprises, en 2015 et 2023, Clément Collaveri fait partie de ces anciens participants que nous avons toujours plaisir à recroiser. Le 21 janvier dernier, il est venu nous donner de ses nouvelles sur notre stand des Biennales Internationales du Spectacle. Aujourd’hui administrateur de production chez Bonne Nouvelle Productions, une entreprise toulousaine d'accompagnement d’humoristes, Clément a pris le temps de nous expliquer ce que lui a apporté la formation dans son parcours professionnel.
Tu as été un de nos premiers visiteurs aux BIS, tôt le mercredi matin… Qu’est-ce qui t’a amené au stand d’ARTES ?
« J’essaye toujours de faire un « coucou » à celles et ceux que je connais. Cyrille (Bureau, le directeur d’ARTES) fait partie des gens qui m’ont accompagné dès mes débuts dans le secteur. J’habite à Toulouse, je n’ai pas souvent l’occasion de venir vous saluer, prendre des nouvelles… Et puis, cette année, j’ambitionne de développer la formation au sein de mon entreprise, notamment à destination des intermittents. Je venais donc prendre des renseignements et faire un petit état des lieux de nos besoins. »
Tu as participé à deux formations chez ARTES, en 2015 sur le cycle « Réussir sa mission de chargé.e de diffusion », puis en 2023 sur le tableur… Qu’est-ce que ces expériences t’ont apporté ?
« La formation en diffusion m'a vraiment aidé à trouver une légitimité sur mon poste. À l’époque, j’étais au tout début de ma carrière. Je manquais d'outils et de confiance. C’est une formation qui m’a permis d’acquérir beaucoup de soft skills et de méthodologie dans mon travail, en particulier sur la prospection, la recherche de clients et le développement des projets. Ma dernière venue, sur Excel, m'a permis d’optimiser mes process. Aujourd’hui, je travaille principalement sur Google Sheets en ayant transposé une quantité importante de choses que j’ai vu avec Cyrille. Tout ça est très personnalisable. Un peu moins de trois ans après la formation, ce que j’y ai appris m’aide encore énormément aujourd’hui. »
Tu t’y connaissais en tableur avant de venir en formation ?
« Oui, j'étais déjà pas trop mauvais ! J'avais quelques bons réflexes au niveau des formules, des correspondances et une idée du fonctionnement des tableaux croisés dynamiques… Je n’ai pas mis en pratique tout ce que Cyrille m’a appris, notamment parce que l’Intelligence Artificielle a depuis pris le relais sur certaines fonctionnalités, mais cette formation m’a beaucoup fait gagner en efficacité. Quand je l’ai passée, nous avions un volume d'à peine 200 représentations par an. Aujourd’hui, nous en avons 350, soit quasiment le double. Je pense que je n'aurais pas pu tenir la cadence sans la formation. Avant de venir, je faisais encore beaucoup de saisies manuelles, d’innombrables de copier-coller. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : je retouche un peu les données que j'exporte, mais je ne fais quasiment plus de saisie. Tout est automatisé, et tant mieux, car je n’ose pas imaginer le temps que je perdrais par semaine. Sans cette montée en compétence, je pense que je serais devenu fou ! (Rires). »
« La formation permet de prendre du recul sur son travail du quotidien »
La formation t’a, en quelque sorte, permis d’amortir ce surplus d’activité ?
« Oui, je dirais que ça m’a vraiment permis d'accompagner la croissance de la structure et, concrètement, de ne pas avoir à recruter une deuxième personne qui ferait la même chose que moi à temps partiel. Maintenant, il y a encore du boulot. J’ai encore beaucoup à optimiser, à rationaliser et à automatiser pour pouvoir vraiment me concentrer sur mes tableaux de bord. J’ai envie de continuer à améliorer tout ça, et je pense peut-être passer à nouveau par une formation chez ARTES ».
En dehors de ces compétences concrètes, quels sont selon toi les bienfaits de la formation professionnelle ?
« La première chose, à mon sens, c’est que la formation permet de prendre du recul sur son travail du quotidien. On se force à mettre en pause le flot ininterrompu de boulot. Je n’ai personnellement fait que quatre formations - en comptant les premiers secours et la lutte contre les VHSS - et chacune d’entre elles m’a permis de prendre de la hauteur. Ce sont des moments où l’on réfléchit à son organisation personnelle et à comment améliorer ses pratiques. Je pense que c'est aussi un moyen de se rendre compte qu'il y a d'autres manières de faire, de se confronter à d’autres points de vue, d’autres métiers, d’autres compétences… »
Tout cela passe aussi par la rencontre avec les pairs ?
« Oui, tout à fait. Sur ma première formation, surtout, j’étais confronté à des chargés de diffusion qui n'avaient pas du tout les mêmes problématiques que moi. À l’époque, je travaillais sur un projet musique du monde, avec beaucoup de musiciens sur scène. Être installé dans la même salle que des personnes qui bossaient dans le cirque, dans le spectacle de rue, dans le jazz… C’était une manière de découvrir des marchés différents, parfois de niche et avec un fonctionnement très particulier. Rencontrer ses pairs, c’est se rendre compte de la diversité des réseaux de diffusion de spectacles en France. Sur le papier, on fait le même métier, mais on peut ne pas avoir du tout les mêmes manières de travailler, les mêmes objectifs, les mêmes réflexes... »
« La formation devrait être considérée comme un investissement à long terme, une opportunité de diversifier ses compétences et, peut-être, de trouver plus facilement du travail à l’avenir »
Tu ne fais aujourd’hui plus du tout de diffusion ?
« Non, j’ai arrêté au moment de la crise du Covid, début 2020. J'avais envie de voir autre chose. C’est à ce moment qu’une administratrice que je connaissais chez Bonne Nouvelle Productions m'a proposé de reprendre son poste, elle souhaitait partir vers d'autres horizons. À mes débuts, en 2015, j’avais déjà appris les bases de la paie et de l'administration avec deux femmes qui ont été mes mentores et m'avaient accueilli dans leur structure de production et d'administrations d'artistes. J’ai ensuite approfondi ces connaissances chez Bonne Nouvelle, et tout c’est très bien passé ».
C’est toi est à l’origine de ta venue sur la formation Excel ?
« Oui, ça s’est passé exactement comme cette année : je suis passé voir Cyrille aux BIS pour lui demander des nouvelles et ce qu’il avait à me proposer... Il m’a parlé d’Excel, et j’ai accroché ! Je n’ai finalement pas pu suivre la formation prévue pour des raisons personnelles, mais Cyrille s’est montré compréhensif et disponible et on a reporté ma participation de quelques semaines. J’ai finalement suivi cette session en one-to-one. On a vu des choses extrêmement spécifiques, adaptées à mes problématiques… C’était incroyable. J’ai eu de la chance de suivre cette formation dans ces conditions. »
Aujourd’hui, conseillerais-tu à des professionnels de se former régulièrement ?
« Je pense même qu’il faudrait que l’on soit formés à être formé. À mon avis, les gens - et notamment les intermittents du spectacle - ne sont pas suffisamment au courant ou ne prennent pas assez le temps de se renseigner sur leurs droits. Je crois que les entreprises qui embauchent les intermittents, aussi, ne sont pas assez incitées à les envoyer en formation. Il faudrait que chacun prenne le temps de s'intéresser à ce qui existe. La réalité du secteur, c’est que les intermittents suivent beaucoup moins de formations que les employés du régime général, en CDI ».
À quoi est-ce dû, selon toi ?
« Il y a différents de facteurs. L'éclatement du secteur, d’abord. Chacun est un peu livré à lui-même… Les intermittents sont beaucoup dans leur coin. Comme ils travaillent pour plusieurs structures et qu’ils ne sont pas rattachés à un unique employeur, les structures sont aussi un peu « déchargées » de cette obligation de formation. Je pense que tout cela est majoritairement dû à une méconnaissance des dispositifs de formation, mais aussi au manque de temps dont disposent les intermittents. Quand tu galères à faire tes heures et que tu n'es pas sûr de renouveler ton intermittence, évidemment, chercher une formation est le dernier de tes soucis. Surtout si elle te prive d’un plan boulot. Mais tout cela est préjudiciable. Je pense que la formation devrait être considérée comme un investissement à long terme, une opportunité de diversifier ses compétences et, peut-être, de trouver plus facilement du travail à l’avenir. »